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    On dit que…

    « On dit qu’après une tempête, un ouragan, un tsunami, la nature qui renaît ensuite est merveilleuse.On dit que tout ce qui est tombé, détruit, cassé, sert d’engrais.On dit que tout ce qui est vivant reprend encore plus de force et de vigueur.On dit qu’après une éruption volcanique c’est la même chose : une pluie de cendres recouvre tout, paysage de feu et de destruction. Mais partout où s’est posée cette manne volatile, la végétation redouble de densité, d’exaltation, d’exubérance.On dit que, parfois, c’est la même chose pour les humains. »Dernières lignes de la trilogie de Marion Brunet, Ilos.

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    inventer un temps nouveau

    Il te manque un temps. Un temps qui se glisserait entre le présent -tu as un cancer- et le passé composé -tu as eu un cancer-. Un temps qui aurait la légèreté de l’oiseau le matin quand il a plu de nombreuses nuits et que le soleil est à nouveau sur le point de se lever. On t’a prise en photos sous toutes les coutures. De quoi en faire un album et l’album est propre. On t’a opérée, l’opération t’a laissé une nouvelle couture, tu l’apprivoises. Tu as eu les résultats de l’anapath -dites-le à voix haute, ça a la gueule d’un insecte- et l’anapath est propre. C’est grisant. Non,…

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    Méandres

    Toutes les semaines puis toutes les trois semaines, tu as stabilobossé sur ton protocole une à une les chimios, patiemment. Te voilà parvenue dans l’après et déjà l’avant a remis son compteur en route qui te mènera à l’opération. Dans cet entre-deux, tu alignes 2021 OT, 1911 ET, 1911 OT, 1811 OT et 1710 ET.Tu soulignes maintenant à l’encre jaune fluo les randonnées sur les cartes IGN, de ta biquetterie sur les coteaux de la Seine à l’estuaire du Havre.Tu as appris à abandonner la ligne droite, directe et efficace pour lui préférer les invitations des méandres à prendre son temps.

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    dans la maison vide

    Ça y esttu es allée marcher d’un bon pas (t’assurer quotidiennement que ton corps est toujours bien là après quinze chimios)P. l’infirmier vient de booster tes globules (il est aussi sympathique que T. Ngijol dans la série Empathie que tu regardes les lundis soir)tout est en ordre et la journée t’appartientdehors rafales vents et aversesla mauve arbustive aussi souple que le roseaule parasol écroulé entre la sauge et les framboisierstu laisses la fenêtre ouverte et retournes t’allongerle chat à tes pieds ne bronche pastu vas enfin poursuivre le grand plaisir d’hierla lecture de La maison vide de Laurent Mauvignierroman de haute voltige (merci de ne pas déranger avant demain)

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    Sinistrité, n.f.

    La pré-rentrée est passée puis la rentréetu es restée dans la marge blues et nuagestu poursuis ton entraînementécrire de la main gauche et redevenir lisibletu acceptes la lenteur inconnueà l’exemple de la sceliphronbrin de foin après brin de foinelle affine son nid sous la table rouilléeécrire de la main gauche et gagner en aisancetu inventes un mot pour dire cela : la sinistritéOn te dit qu’il n’est pas beau, alors tu le défends : du latin « sinistra » main gauche, construit comme dextérité du latin « dextra » main droite. Qu’y peux-tu si les Romains après avoir tracé un cercle au sol disaient aux dieux : allez-y, envoyez les oiseaux pour répondre à…